Maladie : invocabilité de manquements antérieurs à la suspension du contrat
Publié le :
02/04/2026
02
avril
avr.
04
2026
En cas de suspension du contrat de travail d’un salarié en AT/MP et faute grave : protection forte du salarié, mais pas d’immunité disciplinaire.En cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle (AT/MP), le contrat est suspendu et, pendant cette période, le licenciement est, par principe, interdit sauf dans deux cas limitatifs :
- la faute grave du salarié, ou
- l’impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident ou à la maladie (C. trav., art. L. 1226-9).
Par ailleurs, l’employeur qui veut sanctionner le salarié est enfermé dans des délais très stricts, puisqu’il a :
- 2 mois à compter de la connaissance des faits fautifs pour engager la procédure disciplinaire, c’est-à-dire convoquer le salarié à l’entretien préalable (C. trav., art. L. 1332-4), ce délai n’étant pas suspendu par l’arrêt de travail ;
- 1 mois suivant la date de l’entretien préalable pour notifier le licenciement (C. trav., art. L. 1332-2).
L’employeur se retrouve, dans ce cas, face à plusieurs contraintes :
- devoir réagir et engager une procédure de licenciement dans des délais de procédure disciplinaire très courts,
- respecter la protection contre le licenciement des salariés en AT/MP,
- éviter une rupture discriminatoire liée à l’état de santé.
Par l’arrêt (publié au Bulletin) du 21 janvier 2026 (n° 24-22.852), la Cour de cassation lève le doute en énonçant que, pendant la période de suspension du contrat de travail consécutive à un AT/MP, l'employeur peut, dans le cas d'une rupture pour faute grave, reprocher au salarié :
- des manquements à l'obligation de loyauté commis pendant l’arrêt de travail (et la période de suspension) (par exemple activité concurrente, comportement déloyal),
- tout manquement aux obligations du contrat de travail antérieur à l’arrêt de travail (et la période de suspension).
Dans l’affaire jugée, étaient notamment reprochés à la salariée : la violation d’une clause d’exclusivité, l’utilisation des outils de travail mis à sa disposition au profit d’un autre employeur, et la transmission de documents comptables internes à son époux - faits tous antérieurs à l’arrêt de travail pour accident du travail. Pour autant, la Cour de cassation rappelle également le régime applicable en matière de harcèlement moral, lequel peut entraîner la nullité du licenciement, même en cas de faute grave avérée du salarié.
Dans l’affaire jugée, un management agressif et intimidant était caractérisé, ce qui a justifié la cassation partielle de l’arrêt.
Il en résulte que l’employeur peut se prévaloir d’une faute grave caractérisée antérieure à la suspension du contrat de travail pour AT/MP pour rompre le contrat mais ne doit négliger ni les règles de procédure ni le contexte professionnel et managérial pour anticiper, notamment, les éventuels griefs tirés d’une situation de harcèlement moral ou encore d’une discrimination à l’état de santé.
Recommandations pratiques pour sécuriser au maximum le licenciement pour faute grave du salarié en AT/MP :
L’employeur doit rester vigilant et méthodique pour anticiper au maximum les risques associés aux situations d’accident du travail ou de maladies professionnelles.
Dans ce cadre, l’entreprise devra s’assurer notamment de :
- Cartographier les faits et leur chronologie (antérieurs ou commis pendant l’arrêt), en identifiant les dates des faits et de leur découverte ;
- Sécuriser les délais de convocation à l’entretien préalable et d’envoi de la lettre de licenciement ;
- Documenter et réunir les preuves licites et datées (emails, documents, rapports d’audit, témoignages, enquête interne, etc.) en reliant chaque pièce à un manquement identifié ;
- Valider la qualification de faute grave (définie comme celle d’une gravité telle qu’elle rend impossible la poursuite du contrat de travail);
- Soigner la lettre de licenciement en énonçant clairement les faits reprochés et éviter tout lien avec l’état de santé et/ou les arrêts de travail du salarié ;
- Anticiper les griefs tirés de situation de harcèlement et/ou de discrimination, en tenant compte du contexte de travail, du contexte managérial et notamment en traitant les alertes et/ou les réclamations éventuelles des salariés, au besoin, par des mesures d’enquête interne.
Cet article n'engage que son auteur.
Auteur
BUSSAC Magali
Avocate Associée
CORNET, VINCENT, SEGUREL PARIS
PARIS (75)
Historique
-
Maladie : invocabilité de manquements antérieurs à la suspension du contrat
Publié le : 02/04/2026 02 avril avr. 04 2026Entreprises / Ressources humaines / Discipline et licenciementEn cas de suspension du contrat de travail d’un salarié en AT/MP et faute grave : protection forte du salarié, mais pas d’immunité disciplinaire. En cas d...
-
Plateformes numériques et faux indépendants : la Cour de cassation rappelle que l’écran technologique ne fait pas disparaître l’employeur
Publié le : 02/04/2026 02 avril avr. 04 2026Entreprises / Ressources humaines / Contrat de travailPar un arrêt du 3 mars 2026 (Cass. crim., n° 25-81.180), la chambre criminelle de la Cour de cassation apporte une précision importante en matière de trava...
-
Clause de non-concurrence illicite : le salarié qui l’a respectée peut obtenir réparation
Publié le : 11/03/2026 11 mars mars 03 2026Particuliers / Emploi / Contrat de travailEntreprises / Ressources humaines / Contrat de travailPar un arrêt du 17 décembre 2025 n° 24-13.585, la chambre sociale de la Cour de cassation apporte une précision importante concernant les effets d’une clau...
-
L’employeur a-t-il le droit de contacter le médecin traitant d’un salarié ?
Publié le : 05/03/2026 05 mars mars 03 2026Particuliers / Emploi / Licenciements / DémissionEntreprises / Ressources humaines / Discipline et licenciementDans le monde du travail, de nombreux conflits d’intérêts peuvent survenir entre employeurs et salariés, en particulier lorsque les arrêts maladie des empl...
-
Quand la liberté d’expression du salarié se heurte à son obligation de loyauté
Publié le : 23/02/2026 23 février févr. 02 2026Particuliers / Emploi / Contrat de travailEntreprises / Ressources humaines / Contrat de travailLa parole est libre. C’est certain. Au sein de l’entreprise comme en dehors. C’est acquis. Pour autant, le salarié n’est pas autorisé à tous les excès et d...
-
Remboursement des frais liés au télétravail : comparaison juridique entre la France, l'Allemagne et l’Autriche
Publié le : 16/02/2026 16 février févr. 02 2026Particuliers / Emploi / Contrat de travailEntreprises / Ressources humaines / Salaires et avantagesAlors qu'en France, les tribunaux obligent les employeurs à rembourser eux-mêmes une chaise de bureau privée dans le cadre du télétravail, il n’en est pas...
-
L'enquête interne en entreprise : précisions sur l'appréciation de la valeur probante du rapport d'enquête
Publié le : 10/11/2025 10 novembre nov. 11 2025Entreprises / Ressources humaines / Discipline et licenciementPar un arrêt du 18 juin 2025 (n°23-19.022), la Cour de cassation poursuit l’élaboration de sa jurisprudence relative aux enquêtes internes menées à la suit...





