Sanction disciplinaire d'un enseignant : le principe de proportionnalité peut-il imposer une sanction plus sévère ?
Publié le :
03/11/2026
03
novembre
nov.
11
2026
Le principe de proportionnalité des sanctions disciplinaires est généralement invoqué par les agents publics pour contester une sanction qu'ils estiment excessive.Mais une sanction peut également être jugée disproportionnée lorsqu'elle est insuffisamment sévère au regard de la gravité des faits reprochés.
C'est ce que rappelle le Conseil d'État dans une décision du 10 juin 2026 (Conseil d'État, 4e - 1re chambres réunies, 10/06/2026, 501372)
Une sanction jugée insuffisante au regard de la gravité des faits
En l'espèce, un maître de conférences de l'université Paris Cité avait fait l'objet d'une révocation en raison de comportements inappropriés à caractère sexuel envers plusieurs étudiantes.Il lui était notamment reproché d'avoir profité de son autorité et de l'admiration suscitée par ses fonctions pour développer des relations d'emprise avec certaines étudiantes, dont plusieurs se trouvaient en situation de vulnérabilité.
Saisi en appel, le Conseil national de l'enseignement supérieur et de la recherche (CNESER) avait substitué à cette révocation une interdiction d'exercer des fonctions d'enseignement pendant cinq ans, assortie d'une privation de la moitié du traitement.
L'université a contesté cette décision devant le Conseil d'État, estimant la sanction insuffisamment sévère.
Le principe de proportionnalité s'applique également aux sanctions trop clémentes
Le Conseil d'État rappelle que le choix de la sanction disciplinaire doit être apprécié au regard de l'ensemble des circonstances de l'espèce.Cette appréciation implique notamment de prendre en considération :
- La nature et la gravité des faits reprochés ;
- Leur caractère répété et leur durée ;
- Les fonctions exercées par l'agent et les responsabilités qui en découlent ;
- Le contexte dans lequel les manquements ont été commis.
Il souligne également les obligations particulières de dignité et d'exemplarité qui s'imposent aux enseignants-chercheurs.
Au regard de ces circonstances, il considère qu'une sanction moins sévère que la mise à la retraite d'office ou la révocation était hors de proportion avec la gravité des fautes commises.
La décision du CNESER est donc annulée.
Quelle portée pour les sanctions disciplinaires des agents publics ?
Cette décision illustre une dimension parfois méconnue du contrôle de proportionnalité exercé par le juge administratif.La proportionnalité d'une sanction disciplinaire ne s'apprécie pas uniquement au regard de son caractère excessif, mais également de son éventuelle insuffisance.
Si l'autorité disciplinaire dispose d'un pouvoir d'appréciation dans le choix de la sanction, celui-ci doit s'exercer en tenant compte de la gravité des faits et des obligations propres aux fonctions de l'agent.
Ainsi, une sanction qui paraît sévère dans l'absolu peut néanmoins être considérée comme insuffisante au regard des manquements constatés.
Le principe de proportionnalité impose donc une sanction adaptée à la faute, ni excessive, ni insuffisante.
Cet article n'engage que son auteur.
Auteur
Capucine VARRON CHARRIER
Avocate Associée
CLAMENCE AVOCATS
TOULON (83)
Historique
-
Les maires peuvent-ils décider d’annuler les concerts de Patrick Bruel qui sont prévus sur leur ville ?
Publié le : 04/11/2026 04 novembre nov. 11 2026Collectivités / Contentieux / Responsabilité administrativeLes accusations de violences sexuelles visant Patrick Bruel ont conduit plusieurs maires à demander l'annulation de ses concerts programmés dans leur commu...
-
Gestion patrimoniale des collectivités et Casernes de gendarmerie : nouveau cadre locatif
Publié le : 04/11/2026 04 novembre nov. 11 2026Collectivités / Finances locales / Droit public économiqueLe décret n° 2026-1013 du 28 octobre 2026, publié au Journal officiel du 31 octobre et entré en vigueur le 1er novembre, refond le cadre dans lequel l’État...
-
L’infirmier en pratique avancée membre d’une CPTS peut, à titre expérimental et dans six départements, prendre en charge directement les patients
Publié le : 04/11/2026 04 novembre nov. 11 2026Collectivités / Services publics / Fonction publique / Personnel administratifLe décret n° 2026-985 du 23 octobre 2026 fixe les modalités de l’expérimentation prévue au IV de l’article 1er de la loi n° 2023-379 du 19 mai 2023 portant...
-
Sanction disciplinaire d'un enseignant : le principe de proportionnalité peut-il imposer une sanction plus sévère ?
Publié le : 03/11/2026 03 novembre nov. 11 2026Collectivités / Services publics / Fonction publique / Personnel administratifLe principe de proportionnalité des sanctions disciplinaires est généralement invoqué par les agents publics pour contester une sanction qu'ils estiment ex...
-
Clauses de non-sollicitation de salariés : attention, c'est à l'entreprise qui les invoque de prouver leur légalité !
Publié le : 03/11/2026 03 novembre nov. 11 2026Entreprises / Marketing et ventes / Contrats commerciaux/ distributionLes clauses de non-sollicitation ou de non-débauchage de salariés sont fréquemment utilisées dans les relations entre entreprises, notamment au sein de gro...
-
Pratiques commerciales déloyales : L'organisateur d'un trophée vendu aux enseignes se livre-t-il à une pratique commerciale envers le consommateur ?
Publié le : 02/11/2026 02 novembre nov. 11 2026Entreprises / Marketing et ventes / ConcurrenceDans une décision du 24 juin 2026 (Cass. com., 24 juin 2026, n° 24-16.770, F-B), la Cour de cassation a eu l'occasion de statuer sur le point de savoir si...
-
Contestation d’une décision de préemption par l’acquéreur évincé : le délai ne court pas sans notification régulière
Publié le : 02/11/2026 02 novembre nov. 11 2026Particuliers / Patrimoine / Immobilier / LogementCass. 3e civ., 9 juillet 2026, FS-B, n° 25-15.423 Le délai de six mois ouvert à l’acquéreur évincé pour contester une décision de préemption d’une SAFE...





