Cession d’un fonds de commerce sur le domaine public : une opération précaire
Publié le :
02/02/2026
02
février
févr.
02
2026
La cession d’un fonds de commerce installé sur le domaine public n’est pas un processus banal. Contrairement à une cession classique, elle implique de respecter des règles spécifiques liées à l’occupation du domaine public et de prendre en compte les risques juridiques liés au statut précaire de cette occupation.
1. L’autorisation d’occupation : clé de la cession
L’occupant d’une dépendance du domaine public n’est titulaire que d’une autorisation précaire, personnelle et révocable (article L. 2122-3 du CG3P). En cas de cession, l’acheteur doit lui-même obtenir une autorisation temporaire d’occupation, le vendeur ne pouvant imposer un successeur. Cette démarche garantit que l’autorité gestionnaire du domaine public garde un contrôle sur l’exploitation future de l’établissement.A cet égard, l’article L. 2124-33 du CG3P permet à l’acquéreur d’un fonds de commerce de solliciter, par anticipation, une autorisation temporaire d’occupation du domaine public, laquelle ne prend effet qu’à compter de la réalisation de la cession. L’initiative revient ainsi à l’acheteur, le vendeur ne pouvant imposer son successeur.
Cette procédure ne concerne toutefois que l’autorisation d’occupation et non la convention d’occupation du domaine public, dont l’attribution demeure subordonnée à une procédure de sélection préalable. En cas de refus du successeur proposé, la collectivité peut organiser une nouvelle sélection, attendre l’échéance de la convention en cours ou en prononcer la résiliation.
2. Publicité et mise en concurrence
Lorsque l’autorité refuse le successeur proposé, elle doit s’assurer d’une publicité suffisante pour permettre à d’autres candidats de manifester leur intérêt (article L. 2122-1-4 du CG3P). Ce mécanisme protège la transparence et le caractère concurrentiel de l’occupation du domaine public.3. Les risques de requalification
Une attention particulière doit être portée au niveau de contrôle et de contraintes imposées par la collectivité. Si l’activité est encadrée par des horaires précis, des obligations de service, un suivi financier ou qualitatif, le risque existe que l’occupation soit requalifiée en service public ou en concession de service public (CE, 22 février 2007, APREI, n°264541).Cette requalification aurait pour conséquence :
- D’empêcher la reconnaissance d’un fonds de commerce,
- De soumettre l’occupation à une procédure de mise en concurrence plus stricte (application du code de la commande publique).
Conclusion
La cession d’un fonds de commerce sur le domaine public nécessite une grande prudence. Les commerçants doivent s’assurer que toutes les conditions légales sont respectées, que l’acheteur obtient bien l’autorisation nécessaire, et que l’activité n’encourt pas le risque d’une requalification.Cet article n'engage que son auteur.
Auteur
DROUINEAU Thomas
Avocat
1927 AVOCATS - Poitiers
Saint-Benoît (86)
Historique
-
Cession d’un fonds de commerce sur le domaine public : une opération précaire
Publié le : 02/02/2026 02 février févr. 02 2026Entreprises / Gestion de l'entreprise / Construction ImmobilierCollectivités / Services publics / Service public / Délégation de service publicLa cession d’un fonds de commerce installé sur le domaine public n’est pas un processus banal. Contrairement à une cession classique, elle implique de resp...
-
La proportionnalité de la solution réparatoire à l’épreuve du principe de réparation intégrale du dommage
Publié le : 02/02/2026 02 février févr. 02 2026Entreprises / Gestion de l'entreprise / Construction ImmobilierPar un arrêt en date du 8 janvier 2026 (Cass, 3ème civ, 8 janvier 2026, n°23-22.323), la Cour de cassation a une nouvelle fois rappelé que les juges du fon...
-
Fonds de commerce sur le domaine public : ce que permet (ou interdit) la loi Pinel
Publié le : 28/01/2026 28 janvier janv. 01 2026Entreprises / Gestion de l'entreprise / Construction ImmobilierCollectivités / Services publics / Service public / Délégation de service publicDepuis l’entrée en vigueur de la loi Pinel n°2014-626, la reconnaissance d’un fonds de commerce sur le domaine public est possible, mais soumise à des cond...
-
Elections municipales : Quelles sont les règles d’utilisation des sondages en période électorale ?
Publié le : 27/01/2026 27 janvier janv. 01 2026Collectivités / Services publics / UsagersCollectivités / Services publics / Fonction publique / Personnel administratifEn période électorale, les sondages d'opinion jouent un rôle important dans le débat public, mais leur utilisation est strictement encadrée par la loi afin...
-
CFE et déménagement d’établissement au sein d’un même EPCI (Communauté de communes): l’abattement de 50 % écarté par le Conseil d’État
Publié le : 26/01/2026 26 janvier janv. 01 2026Entreprises / Finances / FiscalitéCollectivités / Finances locales / Fiscalité/ Gestion de fait/ Chambre des ComptesLa cotisation foncière des entreprises (CFE) obéit à des règles précises en matière de territorialité et de continuité de l’activité. Une décision rendue p...
-
Influenceurs et encadrement juridique : passage à la contractualisation obligatoire en 2026
Publié le : 26/01/2026 26 janvier janv. 01 2026Entreprises / Marketing et ventes / Publicité/ marketingLe marketing d’influence s’est imposé comme une pratique incontournable des stratégies de communication des marques. Popularisé par des créateurs de conten...
-
Le bailleur face au mur du temps : l’antériorité des loyers comme obstacle à la résiliation
Publié le : 23/01/2026 23 janvier janv. 01 2026Entreprises / Gestion de l'entreprise / Construction ImmobilierPar un arrêt du 19 novembre 2025 (Cour de cassation, chambre commerciale financière et économique, 19 novembre 2025, n° 23-19.521), la Cour de cassation ré...





