Témoignage Manuel Bosque

Témoignage de Manuel BOSQUE, ancien directeur scientifique d'Eurojuris France

Publié le : 06/07/2026 06 juillet juil. 07 2026

“EUROJURIS, 40 ans d’innovation”

J’avais exactement 30 ans et déjà 6 années de barre. Il faut dire qu’à cette époque nous étions nombreux à ne pas souhaiter trop traîner à l’université : on passait le Capa et on cherchait un maître de stage. Non seulement j’avais trouvé le mien en la personne du bâtonnier Jacques Wuilque mais celui-ci m’avait très vite proposé de devenir son associé ce qui ne se refusait pas ! 

Le cabinet était plutôt prospère, on plaidait beaucoup, devant toutes les juridictions, j’étais comblé.
Un beau jour nous recevons la visite d’un confrère de Bourges, Christian Gerigny. 

Pendant de longues heures celui-ci nous expose son projet : un réseau des meilleurs cabinets d’avocats français.
 Il parle d’avenir, de modernité, de changements radicaux.
Il nous propose de créer une structure innovante dans laquelle on sera tous associés et qui aura un nom, une marque.

Tout naturellement cette structure attirera d’autres professionnels du droit, des notaires, des huissiers de justice, et pourquoi pas des experts-comptables.
On se formera nous-mêmes, on créera notre propre centre de formation, et on deviendra tous propriétaires de notre siège social.
Ce rendez-vous nous avait laissé un peu ko.

Nous hésitions entre scepticisme et enthousiasme. On se montrait tour à tour sarcastiques et admiratifs.
Mon associé le bâtonnier Wuilque prit un ton très solennel en prononçant cette phrase : « Il s’agit de votre avenir Manuel ! Mais moi je suis partant ! »

Je n’en revenais pas : lui qui venait de terminer son mandat de Président de la Conférence des bâtonniers, cette institution qui défendait la tradition des barreaux français me poussait à m’engager dans une aventure totalement inédite.

Les choses sont allées très vite.

La technique de recrutement des futurs fondateurs était astucieuse : faire venir du beau monde car « le monde attire le monde » : des bâtonniers, des cabinets solides, des confrères réputés . 
Et le nom que nous prîmes à ce moment-là était plein d’espoir et de sens : INTERJURIS, devenu bien plus tard Eurojuris.


Notre maître-mot était l’innovation.

Cette exigence de modernité s’était traduite par une obligation qui fait sourire aujourd’hui : il fallait avoir le plus moderne des instruments de communication : le fax !

Aux jeunes avocats qui liront ce texte je les invite à essayer d’imaginer ce que représentait ce progrès.
Pour correspondre on n’utilisait alors que les services de la poste : on s’écrivait, des lettres. Ces lettres passaient aussi par le Palais.

Dans certains barreaux ont pouvait utiliser un curieux engin : le telex : une énorme machine à usage collectif, sans doute très utilisée par les journalistes pour recevoir les dépêches mais vraiment peu adaptée aux cabinets d’avocats.

Le fax, ou téléfax, ou encore télécopieur était un instrument magique. Il a disparu totalement.
Mais en cette année 1987 les cabinets qui souhaitaient faire partie d’Interjuris-Eurojuris devaient obligatoirement posséder et utiliser le fax.

Il y eu alors comme un certain snobisme à mettre en avant cette extraordinaire moyen de communication: on était les premiers, ça coutait cher mais c’était tellement efficace . C’était délicieux de dire à un confrère au téléphone : « vous avez un fax? » et comme il n’en avait pas on lui susurrait: « ah bon ? Vous devriez y passer »

Eurojuris a souvent du utiliser la manière forte pour imposer certaines obligations : on vient de le voir avec le fax mais ce fut le cas quelques années plus tard pour la certification ISO: il fallait suivre ou partir.
Tout le monde s’est plié de plus ou moins bonne grâce à ces contraintes : nous mêmes avons un peu traîné des pieds mais le passage à la certification nous a fait considérablement progresser.

La formation professionnelle fut également un axe majeur du développement d’Eurojuris. 
J’ai eu la chance de me voir confier les rênes de cette formation en devenant directeur scientifique du réseau.

Nous avons innové en développant à côté des séances de formation traditionnelles des rencontres multiprofessionnelles à l’occasion de colloques de large envergure. Virginie Mereghetti à laquelle je rends hommage a permis que tous nos évènements soient et continuent d’être des succès.

Eurojuris a marqué ma vie d’avocat. Il y avait le barreau d’une part et le réseau d’autre part, comme deux facettes du même engagement.

Je continue avec émotion à suivre Eurojuris sur les réseaux sociaux, heureux et fier d’avoir pu contribuer à son rayonnement.

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