Canicule : Quels aménagements l'employeur doit-il mettre en place ?
Publié le :
10/07/2026
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La France a connu les journées les plus chaudes depuis le début des relevés météorologiques. La canicule actuelle ne sera vraisemblablement pas la dernière à toucher la France. Face à des épisodes de chaleur extrême appelés à se multiplier et à s’intensifier, les employeurs doivent anticiper ces situations et prendre des mesures de prévention adaptées pour protéger la santé et la sécurité de leurs salariés.
I. Fondement : la chaleur intense comme risque professionnel
L’exposition à des épisodes de chaleur intense relève de l’obligation générale de sécurité de l’employeur, qui doit mettre en œuvre des mesures de prévention adaptées afin de préserver la santé des salariés (art. R.4463-3 à R.4463-7 C. trav.). Ce dispositif complète les règles générales relatives à l’ambiance thermique des lieux de travail. En cas de chaleur intense, l’employeur doit évaluer le risque et adapter notamment l’organisation du travail, les horaires, les moyens matériels, les équipements et l’information des salariés.II. Organisation du travail et aménagement des horaires
L’adaptation des horaires constitue une mesure essentielle de prévention (art. R.4463-3, 3° C. trav.). La jurisprudence retient la responsabilité de l’employeur en l’absence de mesures adaptées face à un risque connu (Cass. soc., 13 mai 2026, n° 25-10.127). À l’inverse, l’aménagement des horaires, des pauses et des tâches permet de caractériser le respect de l’obligation de sécurité.Ces mesures doivent être formalisées dans le Document Unique d’Évaluation des Risques Professionnels (DUERP) (art. R.4121-1, R.4121-2 et R.4213-7 C. trav.) et, le cas échéant, dans les plans de prévention ou de coordination applicables. La traçabilité de l’évaluation du risque constitue un élément déterminant devant le juge.
III. Moyens matériels : eau et dispositifs techniques
L’employeur doit mettre à disposition une quantité suffisante d’eau potable fraîche à proximité des postes de travail. La jurisprudence sanctionne l’absence d’eau, d’ombre ou de moyens de rafraîchissement pour les salariés exposés à de fortes chaleurs. À l’inverse, la présence de points d’eau, de locaux de repos adaptés et d’un plan canicule est prise en compte dans l’appréciation du respect de l’obligation de sécurité.Les juges n’imposent pas une climatisation généralisée, mais vérifient l’adéquation des moyens techniques (ventilation, isolation, ombrage ou climatisation ciblée) au risque identifié. L’employeur doit ainsi démontrer une maîtrise effective de l’ambiance thermique.
IV. Équipements de protection et droit de retrait
La tenue de travail et les équipements de protection individuelle (EPI) illustrent l’articulation entre prévention du risque thermique et autres obligations de sécurité. Lorsque l’évaluation des risques le nécessite, l’employeur doit fournir des EPI adaptés aux fortes chaleurs (vêtements respirants, protection solaire) et former les salariés à leur utilisation. Ces derniers demeurent tenus de respecter les consignes de sécurité, la canicule ne dispensant pas du port des EPI, sauf exercice légitime du droit de retrait en cas de danger grave et imminent.La jurisprudence sanctionne les comportements de salariés invoquant la chaleur sans caractériser un risque particulier ni une défaillance de l’employeur. À l’inverse, l’absence de mesures de prévention dans des conditions objectivement dangereuses peut justifier l’exercice du droit de retrait et caractériser un manquement à l’obligation de sécurité, susceptible, en cas de dommage, d’ouvrir la voie à la qualification de faute inexcusable.
V. Salariés vulnérables et préconisations médicales
Une attention particulière doit être portée aux salariés vulnérables (âge, état de santé, handicap). Lorsque cette vulnérabilité est connue, notamment par les préconisations du médecin du travail, l’employeur est tenu d’adapter les mesures de prévention (horaires, poste, environnement thermique, équipements). La jurisprudence considère que le défaut de mise en œuvre de ces préconisations constitue un manquement à l’obligation de sécurité. En période de chaleur intense, leur respect revêt une importance déterminante dans l'appréciation des diligences de l'employeur.VI. Synthèse
La chaleur intense constitue désormais un risque professionnel que l’employeur doit intégrer à sa politique de prévention. L’adaptation des horaires, de l’organisation du travail, des moyens matériels, des équipements, la protection des salariés vulnérables ainsi que l’information et la formation des salariés sont autant d’éléments pris en compte par les juges pour apprécier le respect de l’obligation de sécurité.En cas de dommage, le risque de reconnaissance d’une faute inexcusable impose à l’employeur de démontrer qu’il a identifié le risque thermique et mis en œuvre des mesures de prévention concrètes, adaptées et suffisantes.
Cet article n'engage que son auteur.
Auteur
ADAM-CAUMEIL Judith
Avocat Associé
Adam-Caumeil, avocats franco-allemands
PARIS (75)
Historique
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