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L'empowerment: le nouveau buzzword qui transperce la politique de la ville

Publié le : 08/02/2013 08 février Fév. 2013
Anglicisme venu tout droit d'Outre-Atlantique, l'empowerment investit la politique de la ville française sous les auspices du Ministère de la ville. Des précisions terminologiques s'imposent.

Les habitants des banlieues au coeur des politiques publiquesLes sociologues français prônent son essor, le Ministre de la ville lui donne ses lettres de noblesse: l'empowerment

Depuis trois décennies, la politique de la ville en France est en faillite selon certains, dans une impasse pour d'autres. Replacer le citoyen au coeur de la politique de la ville, tel est le dessein du Ministre de la ville François Lamy (site du Gouvernement). Ce leitmotiv s'est concrétisé avec la nomination à la co-présidence d'une mission sur la participation des habitants de Marie-Hélène Bacqué, sociologue de profession. Cette dernière est l'auteure d'un ouvrage sur le concept publié aux Editions de La Découverte et intitulé "L'Empowerment, une pratique émancipatrice". Marie-Hélène Bacqué s'inscrit dans un mouvement réçent de sociologues français défendant fervemment la participation citoyenne dans les politiques des banlieues, l'humain ayant souvent été délaissé au profit de la rénovation des quartiers en termes d'urbanisme.

Pour autant, l'empowerment est-il véritablement un concept nouveau? Dès 1983, la place des citoyens dans la politique de la ville été affirmée dans l'acte de naissance que représentait le rapport Dubedout. Rétablir le dialogue des citoyens permettra indubitablement de pallier les effets néfastes de l'acrimonie qui anime les habitants des banlieues.Miser sur l'humain pouvait paraître une lapalissade mais cette problématique représente le noeud gordien des politiques publiques initiées dans les banlieues depuis plusieurs décennies et qui prennent depuis des allures de pugilat.

L'empowerment investit de facto l'arène des villes françaises, ce terme dont la traduction est épineuse devrait entraîner un changement de paradigme salvateur pour rénover la politique de la ville.

Précisions terminologiques sur l'empowerment: genèse et terres de prédilection

Les anglicismes sont devenus légions dans la langue française, adopter des démarches politiques salvatrices qui se sont concrétisées positivement dans d'autres systèmes politiques et juridiques peut être accueilli avec bienveillance.Le terme serait né en 1930 dans la banlieue de Chicago aux lendemains de la guerre avant d'être repris tant par les communautés noires et féministes que par Obama lors de sa première campagne présidentielle en 2008. Les québécois ont remanié ce concept en l'affublant du nom de "capacitation".

Dans une thèse réalisée durant la dernière campagne présidentielle française, le sociologue Jacques Donzelot (site officiel), promouvait également la participation citoyenne (thèse). Cette thèse réalisée au profit du think tank Terra Nova est d'un intérêt notable. Selon Jacques Donzelot les politiques de la ville sont manichéennes. D'une part existe l'approche à la française ou l'architecture réifiante et donc l'urbanisme a la part belle, d'autre part existe l'approche étatsunienne où l'architecture sociale a la préséance. Il donne raison à l'approche américaine qui repose sur deux autres concepts en sus de l'empowerment. Tout d'abord, la logique dite du bottom-up qui permet de faire remonter les initiatives du bas vers le haut et ensuite la création de community builders, sorte d'experts qui ont pour objectif de tisser un lien social autrefois distendu.

Cependant, transposer une vision des politiques publiques américaine en France ne peut se faire sans coup férir. Si dans le système anglo-saxon le multiculturalisme est roi, en France le Républicanisme est souverain. En sus, les inconvénients de l'empowerment ne sont nullement évoqués par Jacques Donzelot dans ses écrits selon Albert Levy. Il faut ainsi se garder de tomber dans l'écueil du lit de Procuste et de transposer un concept dans un système culturel, politique et social différent. La prétérition s'impose ici, inutile de rappeler que le système institutionnel français centralisé et non fédéral nécessite d'adapter le concept d'empowerment, les différences en termes de communautés ethniques sont également prégnantes sachant qu'aux Etats-Unis les communautés ethniques sont plus homogènes (Rapport final de Thomas Kirszbaum, "Le traitement préférentiel des quartiers pauvres. les Grands projets de ville au miroir de l'expérience américaine des Empowerment Zones", 2002, p10).

L'empowerment reste une puissance en devenir, une potentialité, qui existe dans les pays anglo-saxons et qui mérite d'être explorée car elle peut incarner un levier d'expression pour les habitants des banlieues et permettra très certainement de poser les bases de la refondation des villes françaises.



Sources:Libération, "Banlieues: les solutions logent chez l'habitant", 8 janvier 2013
Lévy Albert, «Jacques Donzelot, la politique de la ville revisitée», Espaces et sociétés, 2007/3 n° 130, p. 175-180. DOI : 10.3917/esp.130.0175
Contribution n°27, "Banlieues et quartiers populaires: remettre les gens en mouvement".



Chloé RAMA, Eurojuris France





Cet article n'engage que son auteur.

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