Affouage

L'affouage, ou le Moyen Âge qui se chauffe encore au bois

Publié le : 17/08/2026 17 août août 08 2026

Il y a des recoins du droit où l'on croise, sans prévenir, un fantôme de l'Ancien Régime. L'affouage en fait partie.

Derrière ce mot un peu rêche se cache une idée très simple et très ancienne : le droit, pour les habitants d'une commune, de prélever du bois dans la forêt communale — pour se chauffer, cuire son pain, passer l'hiver. Le terme vient du bas latin affocare, « allumer le feu » : exactement la racine de notre « foyer ». L'affouage, c'est donc, littéralement, le droit au feu.

Le plus savoureux, c'est que ce droit médiéval a traversé la Révolution, l'Empire, la République et deux siècles de codifications sans presque bouger. On le retrouve aujourd'hui, presque mot pour mot, dans le Code forestier — celui-là même que l'on a recodifié en 2012, entre deux réformes sur le RGPD et le télérecours.

Et il a conservé tout son parfum d'autrefois. Le partage se fait encore « par feu » — comprenez : par foyer, par cheminée. La commune doit désigner trois garants solidaires, choisis parmi les affouagistes solvables, qui répondent ensemble des dégâts causés à la coupe : une caution collective tout droit sortie de l'esprit de la grande ordonnance de Colbert sur les Eaux et Forêts de 1669. Et surtout, règle d'or : interdiction absolue de revendre son bois. L'affouage nourrit le foyer, pas le commerce.

On pourrait n'y voir qu'une curiosité folklorique. Elle est pourtant bien vivante. Chaque automne, dans quantité de communes rurales, le conseil municipal délibère, l'Office national des forêts martèle les coupes, le rôle d'affouage s'affiche en mairie. Et, comme tout ce qui vit, cela produit du contentieux : un habitant radié du rôle, un affouagiste qui revend discrètement son bois de chauffage sur internet, une commune qui désigne mal ses garants… Le tribunal administratif tranche, en 2026 comme on tranchait jadis devant le juge des Eaux et Forêts.

Il y a quelque chose de réconfortant dans cette survivance. À l'heure des plateformes et des algorithmes, une part de notre droit continue de parler de feux, de forêts communales et de solidarité villageoise. Le bois de la jeune République chauffe encore dans les mânes de l'Ancien Régime — et le juge veille toujours à ce qu'il chauffe le bon foyer.


Cet article n'engage que son auteur.

Auteur

DROUINEAU Thomas
Avocat
1927 AVOCATS - Poitiers
Saint-Benoît (86)
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